Quatre ans de travail auprès des institutions et administrations locales, et finalement, le Razzle n’ouvrira pas ses portes à Lyon.

Pour quelles raisons ? Nous l’ignorons.
Nous savons seulement qu’au terme de ce long parcours semé d’embûches et d’espoirs déçus, Monsieur le Sénateur-Maire de Lyon et Président de la Métropole Gérard Collomb, s’oppose au Razzle, pour des motivations qui nous échappent. Sans jamais nous laisser l’opportunité d’une rencontre. Pourtant nous sommes parvenus à convaincre plusieurs de ses proches collaborateurs.

Quand une ville affiche une l’ambition de compter parmi les grandes Métropoles européennes. Quand on sait le rôle déterminant de la Culture dans l’attractivité, le dynamisme et le rayonnement d’une ville. Nous ne comprenons pas.

Le Razzle est un lieu culturel indépendant, privé, totalement financé à hauteur de 1,7 millions d’euros et qui ne fait appel à aucune subvention.
Le Razzle est porteur de trente emplois recrutés localement, dans un secteur où les opportunités sont rares et les candidats nombreux.
Le Razzle bénéficie d’une forte adhésion du public, vous êtes nombreux à nous suivre sur nos réseaux et à nous soutenir, alors même que nous n’avons pas ouvert nos portes.

Malgré ces arguments de taille, nous sommes aujourd’hui sur le point de tout perdre.
Malgré un travail long et méticuleux, qui a respecté chaque étape du parcours imposé, nous sommes stoppés par une seule volonté politique.
Malgré le gage de nos expériences réussies dans les villes de Paris et Bordeaux, nous n'avons pas été écoutés.
Malgré notre engagement, notre prise de risque assumée et notre persévérance pour défendre nos emplois, nous n’avons pas été considérés.
Malgré notre volonté affichée d’ouverture sur la ville et sur tous ses publics, notre envie de collaborations avec les acteurs locaux qui participent au dynamisme de Lyon, nous avons été écartés.

Aujourd’hui, par ce message qui prend la forme d’un dernier appel, nous demandons : pourquoi ?

A défaut d’explication à vous donner, nous avons décidé de vous raconter ci-dessous, de manière transparente et factuelle, le parcours du Razzle ces 4 dernières années. Etape après étape.

L’équipe du Razzle
Laura Luxemburger, programmatrice des afterworks
Judaah, programmateur clubs
Florian Lejeune, régisseur général
Arthur Bochard, assistant communication
Soraya Bennat, assistante production
Eric Pourrade, Directeur d’exploitation,
Margaux Villatte, Manager d’exploitation et Responsable Bars
James, Manager d’exploitation
Christophe Clément, Co-Directeur du Razzle, en charge de la Direction Artistique
Rihab Hdidou, Co-Directrice du Razzle, en charge de la Communication


Tout a débuté en 2013, par l’opportunité d’acheter ce magnifique bateau-phare.
Ils sont assez rares et font partie des bateaux de patrimoine.
La magie opère.
Le groupe Bateau Feu (Batofar/Iboat) se positionne et engage un acompte.
Pour présenter un projet viable et solliciter un emplacement, nous devons commencer par avoir un bateau.

Après Paris et Bordeaux, la Ville de Lyon s’impose alors comme une évidence pour l’accueil du Razzle.
Elle bouillonne d’initiatives, les collectifs y sont très actifs et les lieux de notre capacité (300 personnes) sont peu présents.
Nous explorons la Ville, l’emplacement de Confluence nous paraît idéal.

Nous partons en quête des financements.
Nous parvenons à réunir la somme nécessaire pour le solde du bateau et ses travaux d'aménagement, soit 1,7 millions d’euros, sous forme de prêt du brasseur Heineken et auprès d’investisseurs privés.

Très vite, nous présentons pour la première fois le Razzle aux Voies Navigables de France, avec ses projections d’implantation à Confluence.
On nous dit que pour tout emplacement, il est nécessaire d’obtenir au préalable un avis favorable du Grand Lyon.
Nous nous rapprochons donc de la Métropole.
On nous répond qu’aucun dossier ne peut être étudié sans l’aval de la Mairie Centrale.

Entre temps, déception.
L’emplacement envisagé à Confluence est compromis.
On nous dit que le quai n’est pas prêt techniquement. Que les travaux seront longs et coûteux.
Nous demandons un emplacement provisoire et proposons de prendre en charge les dépenses.

Mais bonne surprise, le 9e arrondissement se positionne comme favorable à l’accueil du Razzle.
Nous changeons les plans d’implantation.
La discussion s’engage.

Le 5 mai 2015, après plusieurs approches et différents échanges dans les services, nous avons finalement rendez-vous à la Mairie Centrale, avec le Service de la Culture.
Nous leur présentons le Razzle, avec ses projections d’implantations dans le quartier de Vaise.
On nous oppose d’abord que nous ne sommes pas lyonnais et qu’un projet extérieur ne fonctionnera pas ici.
On nous demande de rencontrer les acteurs et les lieux culturels en place pour leur demander, tour à tour, s’ils sont favorables à notre installation.
Nous l’avions déjà fait spontanément pour la plupart. Nous poursuivons cette démarche.

Le 26 août 2015, dans un mail, la Mairie nous oppose une sur-offre de lieux culturels à Lyon. On nous dit que l’arrivée du Razzle risque de fragiliser les salles existantes.
On nous demande de détailler davantage notre projet dans une note d’intention, en précisant encore notre positionnement artistique et commercial.
Plusieurs rendez-vous s'enchaînent, entrecoupés de longues périodes sans réponse.
Nous nous battons, nos emplois sont en jeu. Nous multiplions les contacts.
Nous gagnons l’appui important du Service Sécurité et Salubrité Publique de la Ville. Nous finissons par convaincre.
Et nous obtenons l’avis favorable de la Ville qui débloque notre rendez-vous à la Métropole.
Au passage, on nous précise que l’emplacement du 9e est à son tour compromis. Les raisons ne nous seront pas communiquées.

Le 27 avril 2016. Nous avons rendez-vous à la Métropole. Le Razzle séduit. Nos interlocuteurs sont enthousiastes.
Suite à l’abandon de Confluence puis de Vaise, nous disons être prêts à étudier tous les emplacements.
Nous sommes volontaires pour collaborer activement avec tous les services compétents pour trouver une solution qui convienne à tous.
Nous alertons sur le fait que nous sommes à deux mois du lancement du chantier et que les investissements engagés sont lourds. Il nous faut une réponse à présent.
On nous dit que notre dossier sera traité rapidement et que toutes les pistes seront envisagées pour débloquer notre situation.

Nous entrons alors dans une phase de silence incompréhensible qui dure plusieurs mois.
Des dizaines d’appels restent sans réponse. L’inquiétude grandit.
Le 31 mai 2016, nous interpellons le Sénateur Maire dans un courrier officiel. Nous demandons à être reçus. Resté sans réponse, lui aussi.
Pendant cette longue attente, le Razzle arrive à Marseille et nous sommes tenus de commencer les travaux.

Fin août 2016, nous finissons par créer l’opportunité d’une rencontre avec la Métropole.
On nous dit que le seul emplacement possible à court terme est l’ancienne Ecluse de Caluire-et-Cuire.
On nous confirme alors que cet emplacement nous est accordé. On nous dit qu’un courrier vient d’être signé par le Président pour officialiser cette attribution.
Que les questions contractuelles et techniques pourront être abordées quelques semaines plus tard, le temps d’organiser les services.

Nous sommes rassurés. Nous fixons une date d’ouverture à Janvier 2017.
Une semaine plus tard, nous recevons le courrier annoncé qui nous laisse perplexe.
Ce courrier stipule que l’emplacement promis oralement est finalement soumis à un appel à projet qui n’avait jamais été évoqué.
Nous tentons à nouveau de joindre les services compétents pour comprendre. Aucun retour.
L’inquiétude, à nouveau.

A force d’insistance, nous finissons par joindre un collaborateur.
On nous confirme que l’appel à projet est bel et bien envisagé et qu’il est en cours de réflexion.
Face à notre étonnement, il nous informe que la Municipalité de Caluire-et-Cuire a le pouvoir de contourner cet appel à projet.
L’espoir renaît. Nous devons maintenir la date d’ouverture annoncée.

Dès fin novembre, nous tentons de prendre rendez-vous à la Ville de Caluire.
De nombreuses relances. Aucun retour.
Le 20 décembre, face à l’urgence de la situation, nous finissons par nous présenter directement en Mairie.
Nous sommes reçus. Nous présentons une nouvelle fois notre dossier.
Le 23 décembre. La réponse tombe. Trois jours auront suffi. L’avis est défavorable.
Tout est compromis à nouveau.

Nous interpellons tous les services. Le Razzle, ses emplois, ses investisseurs sont menacés.
Les travaux sont maintenant terminés. Nous avons besoin d’ouvrir, vite.
Le 3 janvier 2017, nous annonçons le report de l’ouverture. Contraints.
Tous nos soutiens les plus influents sont mobilisés. Nous continuons à nous battre.
On nous dit que l’ensemble de nos interlocuteurs sont favorables. Tant à la Ville qu’à la Métropole. Nous ne comprenons pas.
On nous dit qu’il reste de l’espoir.
Et finalement, la réponse tombe. On a identifié le blocage.
Le Maire s’y oppose. On ne peut plus rien faire.